Toxicomanie et santé mentale

Toxicomanie et santé mentale

Parmi les individus souffrant de troubles mentaux, de 15 à 20 % connaissent aussi des problèmes de toxicomanie. De même, plus de 50 % des personnes qui ont reçu un diagnostic d’anxiété généralisée ont aussi un problème de toxicomanie.

Des statistiques troublantes

  • On évalue que de 7 à 10 % de la population adulte souffre de stress chronique.

Une enquête canadienne sur la santé indique que 23 % des Québécois souffriront au cours de leur vie d’un trouble de l’humeur ou d’un trouble anxieux, ce qui représente plus de 1,3 million de Québécois.

  • Au Québec, environ 70 000 personnes souffrent actuellement de schizophrénie, soit 1 % de la population.
  • Selon l’Institut de la statistique du Québec, le nombre d’individus qui souffrent de troubles mentaux est sans doute encore plus élevé que ne l’indiquent les rapports de recherche, car les enquêtes réalisées ne couvrent jamais la totalité des troubles mentaux.

Ainsi, il existe peu de données précises sur le nombre de personnes souffrant de troubles de la personnalité. Aux États-Unis, selon les définitions utilisées, on estime que de 6 à 9 % des Américains souffriraient de troubles de la personnalité sous une forme ou une autre.

  • La consommation de médicaments psychotropes est répandue au Québec, puisque environ 16 % des adultes en ont consommé au moins un – prescrit ou non – au cours des douze derniers mois.

Les médicaments les plus utilisés sont les médicaments pour dormir, suivis des médicaments pour réduire l’anxiété, puis des antidépresseurs dont la consommation est en forte croissance.

En 2005, les médecins québécois ont rédigé 7,5 millions d’ordonnances pour des antidépresseurs. Selon le Conseil du médicament du Québec, entre 2000 et 2004, une personne sur cinq (19,2 %) a pris des antidépresseurs pendant au moins un an.

En 2006, parmi les Québécois qui profitent du régime public d’assurance médicaments, 4,4 % d’entre eux ont fait usage de médicaments antipsychotiques, utilisés soit à petite dose comme tranquillisants, soit à plus forte dose pour traiter des troubles mentaux comme la schizophrénie.

TROUBLES DE SANTÉ MENTALE ET DROGUES ILLICITES

Outre les problèmes de dépendance à l’alcool, les personnes atteintes de troubles mentaux sont vulnérables à l’ensemble des substances psychoactives.

Chez les Québécois de 15 ans et plus, l’usage du cannabis est deux fois plus répandu chez ceux qui ont connu un trouble de l’humeur ou un trouble anxieux au cours de leur vie que chez les autres.

De plus, l’usage du cannabis est six fois plus répandu chez les personnes atteintes de schizophrénie que chez les autres.

Le nombre de personnes qui font usage de drogues illicites et qui en sont dépendantes est deux fois plus élevé chez celles qui ont eu, au cours de leur vie, un trouble de l’humeur ou un trouble anxieux.

Santé mentale et dépendance

Rien a priori n’explique pourquoi les personnes atteintes de troubles mentaux sont plus susceptibles que les autres d’abuser de l’alcool ou d’être dépendantes de l’alcool. Ni l’inverse, d’ailleurs. Chaque individu vit une situation qui lui est propre et qui résulte d’une interaction complexe entre des facteurs génétiques et biologiques, sa propre personnalité et l’environnement social dans lequel il vit.

Prédisposition

Selon cette théorie, une explication tient dans les caractéristiques – traits de personnalité, facteurs génétiques héréditaires et facteurs sociaux – des personnes atteintes de troubles mentaux, qui les prédisposent à l’abus ou à la dépendance à l’alcool. Certains experts vont jusqu’à dire que la base neurobiologique des troubles mentaux et celle de la dépendance à l’alcool pourraient être fortement comparables.

Un dysfonctionnement de certains circuits cérébraux associés à l’apprentissage serait en jeu autant dans les troubles de l’humeur que dans les troubles de consommation d’alcool.

De plus, certaines recherches ont démontré que les troubles psychotiques et les problèmes de consommation d’alcool sont liés, car ils ont en commun des gènes ou des anomalies cérébrales.

Au-delà des prédispositions génétiques, certaines prédispositions environnementales pourraient, elles aussi, expliquer la forte relation entre les troubles mentaux et l’abus ou la dépendance à l’alcool.

Les conséquences secondaires d’un stress provenant de graves perturbations familiales vécues dans l’enfance, d’une mauvaise surveillance parentale ou d’abus faits très jeunes augmenteraient d’autant le risque d’avoir un problème de toxicomanie que le risque de connaître des troubles de l’humeur, des troubles anxieux et certains troubles de la personnalité, surtout de l’impulsivité.

De plus, il arrive régulièrement que les personnes qui ont des problèmes de consommation partagent le même environnement social que celles qui souffrent d’une maladie mentale. Très souvent en effet, ces deux groupes d’individus sont marginalisés, et ce, dès leur adolescence.

Sensibilité

Selon une deuxième théorie, les personnes atteintes de maladie mentale seraient plus sensibles aux effets nocifs des substances psychoactives que les autres. Par conséquent, pour une quantité égale d’alcool consommée, les personnes qui souffrent d’un trouble mental sont plus vulnérables aux effets intoxicants de l’alcool que les autres.

Automédication

Afin d’échapper à leur condition pathologique ou tout au moins afin d’atténuer les symptômes de leur maladie – causés par la neurobiologie de leurs troubles mentaux –, les personnes en détresse consomment des substances psychoactives.

Les personnes malades ne s’automédicamentent donc pas pour pallier un trouble psychologique, mais bien pour pallier la souffrance, la tristesse, la colère ou l’agitation provoquées par leurs troubles mentaux.

S’il est vrai que l’automédication est courante chez les personnes souffrant de maladie mentale, elle l’est encore plus chez les personnes bipolaires en phase maniaque, ainsi que chez les anxieux.

De 25 à 35 % des personnes souffrant d’un trouble de l’anxiété généralisée admettent consommer de l’alcool ou des drogues pour atténuer cette anxiété.

S’il est vrai que la consommation d’alcool – ou automédication éthylique des troubles mentaux – procure une gratification immédiate qui pousse à répéter l’expérience, dans les faits, elle est contre-indiquée.

Les médecins et les professionnels de la santé doivent prévenir les personnes souffrant de troubles anxieux que si l’alcool soulage temporairement leurs symptômes, boire de l’alcool augmente le risque d’aggraver leurs troubles et même de développer d’autres problèmes de santé mentale. De plus, l’alcool augmente aussi le risque de suicide chez ces mêmes personnes.

Aggravation

Les personnes qui se sentent particulièrement anxieuses ou dépressives et qui éprouvent des symptômes inhabituels – une difficulté à se concentrer, une diminution de l’attention, un besoin de retrait social ou des troubles du sommeil – doivent être très vigilantes. Elles devraient alors éviter toute consommation d’alcool. En effet, l’alcool peut fragiliser les personnes génétiquement vulnérables aux troubles mentaux.

Lorsque les symptômes précurseurs de la maladie sont associés à la consommation de substances psychoactives comme l’alcool, le risque est plus élevé de développer une maladie mentale.

Les prédispositions génétiques à certains troubles de la personnalité, comme l’impulsivité ou le trouble de déficit de l’attention – avec ou sans hyperactivité – peuvent être exacerbées s’il y a eu une exposition prénatale à l’alcool.

Si les problèmes de santé mentale contribuent chez certains à une consommation problématique d’alcool, l’inverse peut aussi se produire : la consommation problématique d’alcool peut contribuer à l’apparition de la maladie mentale chez d’autres.